Un Breton israélien, André Moisan répond au magazine “le point”
Abonné au Point depuis plus de
20 ans (avant mon arrivée en Israël, en 1993), je m’attendais, en lisant ce gros titre en couverture, à trouver dans un magazine de droite, un reportage intéressant et, pour une fois, équilibré,
complet, décent, voire élogieux sur ce jeune pays, « pas comme les autres », pour son soixantième anniversaire. Hélas, amère déception, révolte même, devant la présentation insolente d’un Israël, qui depuis sa
« re-naissance » en 1948, lutte pour sa survie, en état de miracle permanent. Ce que je reproche à ce reportage, d’une façon générale, c’est son total manque d’empathie envers ce peuple. Je sais bien que cela ne se commande pas, mais
au moins vos journalistes eussent dû faire preuve d’un minimum d’objectivité et de courtoisie ! Voici, résumés, mes principaux griefs :
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Aucune allusion au refus historique, par les Pays arabes, de la
Résolution 181 de l’ONU, instituant le partage en deux Etats du territoire de la Palestine (ou de ce qu’il en restait !). Les Juifs ont accepté ce partage, malgré le morcellement ;
les Arabes, NON ! Les Juifs ont ainsi pu fonder leur Etat (1947). Par contre, les Arabes ont préféré « le feu et le sang ». Ce fait est capital dans le conflit
israélo-palestinien, car de là découlent toutes les guerres qui suivent et qui continuent…
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Vous évoquez le massacre de Deir
Yassin (alors que les combattants juifs avaient demandé aux Arabes d’évacuer les femmes et les enfants de ce village !), mais vous vous gardez bien de parler des nombreux massacres
arabes, comme par exemple celui d’Hébron en 1929…
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Vous parlez de la NAQBA
palestinienne (700.000 Palestiniens qui fuient leurs villages pour se réfugier dans les pays frères aux alentours). Mais vous vous gardez bien de parler de la « NAQBA » des Juifs expulsés des pays arabes et islamiques (1.000.000, dont les 2/3 trouvèrent refuge en Israël, où ils furent intégrés, sans l’aide de
l’ONU ou de l’UNRWA).
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« Territoires
occupés » (F. Mitterrand préférait dire : « Territoires disputés ») : aucune explication pour vos lecteurs. Il faut
pourtant préciser que jusqu’en 1967, il n’y avait pas de Territoires occupés par les Israéliens, néanmoins la guerre existait ! Par contre la Jordanie, elle, « occupait » la Judée et la Samarie (Cisjordanie), de 1948 à 1967, sans l’aval de l’ONU ! Personne ne trouvait à y redire, la Nation et l’Etat
palestiniens n’existaient pas encore… A quel Etat appartenait alors la Cisjordanie ? Je vous le demande.
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Après la victoire contre la coalition arabe de 1967, la Cisjordanie
est « occupée » par Israël, mais pas « annexée » comme l’avait fait auparavant la Jordanie. Pourtant l’histoire montre que le vainqueur d’une guerre annexe les territoires
conquis (voir l’Alsace et la Lorraine !).
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Aucune allusion au « Triple
NON » de Khartoum, au lendemain de la guerre de 1967, où les Etats arabes refusèrent toutes négociations de paix avec Israël.
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Il est important de préciser que, d’après le Pr Jules Basdevant,
ancien Président de la Cour de Justice Internationale, ce terme d’ « occupation », « désigne la présence de forces militaires d’un Etat sur
le territoire d’un autre Etat » A quel Etat appartenait ce territoire, puisque l’Etat palestinien n’existait pas ? La Jordanie ? Le Mandat britannique ? Les
Ottomans ?
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La Résolution 242 (1967) prévoyait un retrait des forces armées
israéliennes DE et non DES (ni de TOUS les) Territoires en question.
Ce détail est capital, mais qu’en
sait votre lecteur lambda ? Ce sont
ces précisions qui manquent dans votre reportage : elles sont pourtant capitales pour comprendre de façon équilibrée l’origine et la complexité du
conflit. Mais mes reproches ne
s’arrêtent pas là ! ·
Pourquoi parlez-vous à plusieurs reprises de « l’humiliation des armées arabes vaincues ? Etre vaincu, c’est toujours humiliant, surtout lorsqu’on est l’instigateur de cette guerre
perdue ! Sensibilité arabe ? · Votre définition du Sionisme comme étant d’abord une révolte contre la fatalité est manifestement
réductrice. · Ben Gourion, bien
que laïc, n’a pas écarté la religion en fondant l’Etat juif, bien au contraire (il avait toujours la Bible à son chevet !). La notion de « Nation juive » et de « Peuple
juif » se définissait pour lui par les paramètres suivants : - Une langue ( l’Hébreu qui n’avait jamais cessé d’être parlé) - Une Ecriture ( l’Hébreu qui n’avait jamais cessé d’être
utilisé). – Un calendrier divisant l’espace et le temps, sans rapport avec le calendrier grégorien. – des frontières (fixées par l’ONU). – Un drapeau (blanc-bleu, avec incrustation de l’Etoile de
David), et un hymne national (Ha TIKVA), et une armée. – Une Religion (le Judaïsme), clef de voûte du Peuple juif. · Pour contrer la Bible, vous ne trouvez pas mieux que de citer Israël Finkelstein, un archéologue israélien,
(contesté par ses pairs, mais cela, vous vous gardez bien de le dire). Ce “scientifique” engagé a “découvert” que l’Auteur des Psaumes, « le roi David, n’était pas un grand roi, mais peut-être
un chef de bande » ! D’où votre conclusion scandaleuse : « Israël, fruit de la propagande ? A chacun sa Terre promise » ! · Passons sur « des chiffres records », mis en
encart, en petits caractères (il faut être discret pour ne pas blesser la susceptibilité des Français !). Par contre, une page entière pour la photographie de Ronit Elkabetz, actrice dans
le film « La visite de la fanfare ». · Passons aussi sur la détresse des nouveaux pauvres (en France aussi, non ?), qui vous permet de
conclure : « Le mythe de l’Israël égalitaire s’effondre », rançon d’une économie israélienne d’une insolente bonne santé : Croissance : 4,7 %, Chômage : 6,5 %,
budget excédentaire, malgré l’état de guerre permanent ! · Vous citez, cela semble vous plaire, un certain Victor Klemperer qui compare le sionisme au nazisme !
Mais Jacques Maritain comme Jacques Ellul, vous ne les connaissez pas !
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TSAHAL : une institution en faillite ? Votre reporter a
certainement enquêté dans les milieux resquilleurs antimilitaristes, comme il en existe dans tous les pays du monde. Je connais personnellement, dans mon entourage, une bonne dizaine de jeunes
de 18 à 25 ans qui seraient déshonorés de ne pouvoir faire l’armée. La mère de l’un d’entre eux lui conseillait une planque ; celui-ci lui a répondu : « Non ! maman, je veux
les commandos de choc, comme mon frère aîné ! » Un enthousiasme et un sens de leurs responsabilités qui m’époustouflent, et un sionisme qui est loin d’être
obsolète…
· Vos lecteurs
ignorent certainement que Tsahal est la seule armée au monde où l’on enseigne aux jeunes recrues l’éthique dans les combats contre l’ennemi… Je constate aussi que de plus en plus de jeunes
militaires portent la kippa, le sentiment religieux est toujours présent… · Pourquoi, dans votre enquête, éludez-vous complètement le problème religieux ? Le judaïsme est
pourtant à l’origine du Sionisme avant la lettre : « Si je t’oublie, ô, Jérusalem, que ma dextre m’oublie,
que ma langue se dessèche dans mon palais », ou « l’an prochain à Jérusalem ». · Pourquoi faites-vous silence sur la présence juive
continue en Terre sainte, même après l’expulsion en 70, et malgré les persécutions ? N’est-ce pas là un attachement viscéral à leur Terre et donc la meilleure légitimité de la
« Re-naissance » de leur Nation ? C’est ici qu’il faudrait citer l’Exclamation de Bonaparte, le 1er floréal an VII de la République Française, dans une « proclamation
à la Nation juive » : « …Héritiers légitimes de la Palestine, levez-vous ! Montrez que la puissance de vos oppresseurs n’a pu anéantir le
courage des descendants de ces héros qui auraient fait honneur à Sparte et à Rome… Un peuple qui pleure encore, près de 2.000 ans après, sur la destruction
de son Temple, est un peuple éternel ! » Mais revenons à votre enquête et au choix des photographies pour illustrer
votre texte :
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Pour amuser le gogo, une belle photographie, pleine page, d’un Juif
ultra-orthodoxe sur une plage de Tel Aviv, sans doute la photo du siècle ! En 15 années, je n’ai jamais vu un ultra-orthodoxe sur une plage de Tel Aviv !
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A propos de Tel Aviv, justement : une honte ! 12
photographies de la métropole, aussi laides les unes que les autres, et quelles vues ! Ma ville où j’habite avec bonheur, je ne l’ai pas reconnue ! On se croirait dans une banlieue du
Tiers-Monde.
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Où sont ma « ville blanche », inscrite au Patrimoine
Mondial de l’UNESCO (2003), qui fête cette année son centenaire, ses plages super équipées, bordées sur des kilomètres par la « Taielet » [promenade], son architecture, ses
quartiers si sympathiques comme, par exemple, « Neve Tsédek »? Etc.
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Et JERUSALEM ? Rien, pas une photo, pas un mot sur la capitale
de l’Etat, sur le Mur des Lamentations, sur les synagogues, pas même celle détruite par les Jordaniens, qui jouxtait les deux célèbres Mosquées, lesquelles sont toujours à l’honneur,
elles ! C’est à croire que Jérusalem ne fait pas partie d’Israël, n’appartient pas au Peuple juif ! Qui donc l’a fondée ? Quel autre peuple que les Juifs en a fait sa Capitale
depuis 3.000 ans ? Sans doute votre journaliste emboîte-t-il le pas aux Nations qui refusent « l’annexion » de la Ville par ses propriétaires
légitimes et immémoriaux !
Pour Le Point, si je comprends bien, Jérusalem, capitale d’Israël, ne sera pas partie prenante des festivités du
soixantenaire. André Moisan.
Tel Aviv.
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