Opération de sauvetage des Juifs du Yémen, par les USA !
Traduction et adaptation de l'article du Wall Street Journal : Hanna
Shaker Yakub, Juif yéménite de 59 ans et père de sept enfants, dans sa nouvelle maison en banlieue américaine, nous raconte
comment il a pu s’enfuir du Yémen en se faisant passer pour un Musulman :Il a enroulé un grand foulard plié en deux autour de sa tête pour improviser
un turban lui permettant de cacher sa calotte noire, et y glisser ses papillotes (peyot).
Ce stratagème a permis à une demi-douzaine des membres de sa famille et lui-même de passer inaperçus dans leur ville natale de Raida au Yémen. Après un voyage
(80.4672 km) au sud, ils ont rencontré les responsables du département d’Etat américain qui menaient une opération clandestine pour extirper les derniers Juifs du Yémen et les transporter en
Amérique, les ôter des " griffes " antisémites dont ils sont victime dans leur pays. Au total, ce sont 60 Juifs yéménites qui ont été réinstallés aux Etats-Unis depuis le mois de juillet. Des
fonctionnaires disent qu’environ 100 autres pourraient encore arriver. Il y avait 350 Juifs au Yémen avant le début de l’opération, dont certains d’entre eux sont allés en Israël.
L’évacuation de ces Juifs yéménites, qui sont considérés par les historiens comme une des plus anciennes communautés de la diaspora juive, est une des
préoccupations majeures pour les USA, concernant cette péninsule arabique de 23 millions d’habitants.
Il a fallu un an pour mettre au point cette opération, avec l’aide de groupes de secours juifs, pendant ce temps là, Washington alertait de ce qui se passait
au Yémen.
Au mois de juillet David Pétraeus a été envoyé au Yémen pour rencontrer et encourager le président Ali Abdullah Saleh afin qu’il soit plus attentif et
répressif concernant les agissements d’Al-Qaïda dans son pays. Le mois dernier Barack Obama a écrit une lettre au président Saleh du Yémen, dans laquelle il lui indique que la sécurité est
vitale pour la région et les Etats-Unis.
Le Yémen a été quelque peu occulté ces dernières années au profit de plus grands foyers de crises et tensions comme l’Afghanisan. Mais pour Washington elle
reste une source potentielle d’instabilité régionale et un havre pour les terroristes.
Cette nation appauvrie est aux prises au Nord par une révolte chiite, au sud par un mouvement sécessionniste entraînant un militantisme croissant parmi les
sympathisants d’Al Qaïda, ce qui suscite des inquiétudes quant à la capacité du gouvernement yéménite à contrôler son territoire. Les analystes estiment qu’Al Qaïda font des alliances avec les
tribus locales ce qui pourrait lui permettre d’établir une place forte au Yémen, comme il l’a fait en Afghanistan avant les attaques du 11 septembre 2001.
Le département d’Etat américain a pris le "risque" de se faire accuser de "favoritisme" à l’égard
de ces Juifs du Yémen.
Nombre d’autres peuples ou minorités également persécutés, aimeraient bien aussi trouver asile aux Etats-Unis. En ayant décidé cette opération de sauvetage,
les USA ont cherché à éviter un embarras international pour un allié arabe en difficulté, qui a une communauté sur son sol persécutée en raison de sa religion.
Le Président Saleh a bien essayé de protéger les Juifs, mais son incapacité à mater la rébellion au Nord du pays, risquait d’exposer encore davantage la
communauté juive yéménite, aussi les USA ont opté pour une autre solution.
"Si nous n’avions rien fait, nous craignions qu’il n’y ait un bain de
sang" confia Gregg Rickman, ancien Envoyé Spécial du Département d’Etat pour surveiller et combattre l’antisémitisme, au Wall Street
Journal.
M. Yakub est reconnaissant envers les personnes qui ont œuvré pour cette opération de sauvetage, car cela a permis de sauver sa famille des persécutions qui avaient rendu
la vie insupportable au Yémen. La violence envers la petite communauté juive a commencé l’an dernier et s’est intensifié, quand l’un de ses membres des plus éminents, a été abattu devant sa
maison. Cette communauté juive est l’un des plus anciennes restantes dans le monde arabe. Cette communauté juive yéménite est là depuis plus de 2500 ans, elle a survécu, parfois prospéré au
cours des siècles y compris lorsque l’Islam s’est propagé dans la péninsule arabique.
Ils vivent dans des maisons en pierre, souvent sans eau courante ni électricité. Une femme yéménite s'est présentée à l'aéroport avec un poulet
vivant.
À travers les siècles, les Juifs ont gagné leur vie comme marchands, artisans et orfèvres connus pour la réalisation de poignards traditionnels que seuls les
Musulmans sont autorisés à porter (djanbias), la musique juive est
devenue également une partie de la culture yéménite et elle est jouée lors de mariages musulmans et lors de festivals.
Mais voilà : "C’est la fin de la diaspora juive duYémen, n’est ce pas ?",
dit, Hayim Tawil, un professeur de la Yeshiva expert en histoire relative aux Juifs yéménites.
Les Juifs yéménites ont toujours vécu côte à côte en paix avec leurs frères et sœurs Musulmans, a déclaré un porte-parole de l’Ambassade du Yémen à
Washington.
En 1947, à la veille de la naissance de l’Etat d’Israël, des manifestations dans la ville portuaire d’Aden, ont entraîné la mort de dizaines de Juifs et la
destruction de leurs maisons et commerces.
En 1949 et 1950, environ 49 000 personnes (la majorité de la communauté juive du
Yémen) ont été évacués par avion vers Israël, opération du nom : Operation Magic Carpet . Environ 2 000 Juifs sont restés au Yémen, certains sont partis en 1962, lorsque la guerre
civile a éclaté. Depuis 30 ans, les Juifs qui s’y trouvés encore, sont restés coincés là bas, sans appels téléphoniques, ni lettres, et aucun voyage à l’étranger. Peu de monde connaissait
l’existence de cette communauté juive au Yémen, en dehors d’Israël, dit le professeur Tawil.
Après la première guerre du Golfe, le Yémen a demandé un rapprochement avec Washington.
Et en 1991, le Yémen autorisa aux Juifs du territoire, la possibilité de voyager. Le professeur Tawil arriva à négocier avec l’aide du gouvernement américain
le départ d’environ 1200 Juifs, principalement en direction d’Israël, au début des années 1990, Arthur Hughes, ambassadeur américain au Yémen, rappela qu’à l’époque, certains choisirent et
insistèrent pour rester "C’est là que nous avons vécu pendant des siècles, nous n’irons nulle part".
Les quelques centaines de Juifs qui sont restés, ont été regroupés dans deux enclaves, Saada, une région éloignée dans les hautes terres du Nord du Yémen, et
Raida au sud.
En 2004 ; des troubles ont éclaté à Saada, le gouvernement a déclaré que 50 000 personnes ont été déplacées à cause des combats entre ses troupes et les
Houthis, un groupe rebelle chiite.
L’animosité contre les Juifs s’est intensifiée, l’on pouvait voir clouées sur les maisons des notes accusant les Juifs de travailler pour Israël et de
corrompre la morale musulmane. Le porte-parole de l’Ambassade yéménite à Washington a déclaré que "Les Juifs ont été
particulièrement ciblés par les rebelles Houthi."
En janvier 2007, les dirigeants Houthi ont menacé des familles juives de Saada en leur disant "Nous vous avertissons; vous devez quitter les lieux immédiatement…Nous vous donnons un délai de 10 jours ou vous le regretterez" cet avertissement était signé de la main d’un représentant Houthi et a été cité dans un article de Reuters.
Pratiquement toute la communauté juive de la région, environ 60 personnes ont du fuir vers la capitale. Depuis, ils ont reçu une aide alimentaire et des
allocations en espèces du gouvernement tout en vivant dans des appartements appartenant à l’Etat dans une enclave surveillée, affirme l’Ambassade yéménite à Washington.
Le président Saleh, un chiite désireux de montrer sa bonne volonté envers les Juifs a autorisé à la Pâque juive, une équipe de télévision à filmer les
familles.
Raida reste la dernière ville où se trouvent des Juifs yéménites, menant une vie simple à côté des Musulmans, dans des maisons en pierres anciennes qui sont
parsemées dans la ville. L’électricité y est irrégulière, donc l’usage de lampes à huile est courant, l’eau y arrive par camion. La plupart des maisons n’ont pas de télévision ou de
réfrigérateur, le téléphone cellulaire est le seul dispositif moderne qu’ils partagent. Certaines familles reçoivent une aide financière provenant de groupes juifs hassidiques de Brooklyn et de
Londres, ce qui leur a permis d’acheter des voitures. En règle générale, les hommes juifs travaillent comme forgerons, cordonniers ou charpentiers. Ils font parfois du troc, négociant le lait
et bouse de vache pour de l’herbe afin de nourrir leur bétail. En public, les hommes se distinguent par leurs papillotes habituellement portées par les hommes juifs pratiquants
(peyot ).
Les femmes juives se marient souvent à l’âge de 16 ans, sortent rarement de chez elles. Quand elles sortent, seuls les yeux sont visibles, comme pour les
Musulmanes.
Les enfants, eux jouent avec des cailloux ou bien s’amusent à chasser les poulets de la famille autour de la maison. Dans les écoles religieuses juives, ils
sont assis à des tables en bois et étudient la Torah et l’hébreu. La science, lire ou écrire en arabe n’y sont pas enseignés. "Je leur ai montré une table de multiplication, je pense qu’ils n’en ont jamais vu une seule" explique Stefan
Kirschner de l’université de New york ayant visité Raida en août 2008.
En septembre 2008, des militants ont fait exploser une voiture piégée devant l’Ambassade américaine dans la capitale yéménite Sanaa, tuant 16 personnes. Cette
attaque a suscité de nouvelles préoccupations concernant l’extrémisme musulman et la stabilité du gouvernement.
Puis, le 11 décembre, un tireur isolé a tué Nahari Moshe, un père de famille de neuf enfants, bien connu au sein de la communauté juive de Raida. Abdul-Azir
al-Abdi, cet ancien pilote de l’air force yéménite a tiré plusieurs balles sur M. Nahari, sous prétexte que ce professeur d’hébreu avait rejeté ses demandes de conversion à l’islam. Ce tireur a
été condamné à mort en juin.
L’offensive d’Israël contre le Hamas dans la bande de Gaza courant décembre a suscité au Yémen de vives protestations, hommes et enfants juifs dans la ville
de Raida ont été violemment chahutés, jets de pierres et ils ont été battus. Une grenade a été lancée sur la maison de Saïd Ben Yisraël, homme qui a dirigé l’une des trois synagogues de Raida,
la grenade a atterri dans la cour de sa maison.
Depuis son nouveau domicile M. Yakoub en toute sécurité a pu raconter ses deniers mois vécus au Yémen, et comment les vitres de sa maison ont été brisées. Les
Juifs ne quittaient plus leur maison sauf en cas d’urgence ou bien pour s’approvisionner en vivre. Quand ils étaient obligés de quitter leurs maisons, M. Yakoub et les autres Juifs se
déguisaient en Musulmans. "Ce n’était pas une façon de vivre", dit-il,
assis à une longue table, entouré de sa femme et ses enfants.
Salem Suleiman, arrivé également à New York depuis peu, porte les cicatrices des pierres qui l’ont frappé à la tête. "Ils nous jettent des pierres, ils nous maudissent, ils veulent nous tuer" a-t-il
dit "Je n’ai pas quitté ma maison pendant deux mois".
Yair Yaish, qui dirige la Fédération juive yéménite de New York, affirme avoir été inondé d’appels désespérés de la communauté juive de New York qui
comprenait avant, environ 2 000 Juifs yéménites. Les messages disaient "Nous devons faire quelque chose pour nos
familles".
L’ambassadeur des Etats-Unis au Yémen a exhorté les ministres yéménites pour qu’ils facilitent le départ des Juifs. Après une première réticence (le gouvernement yéménite ayant préféré dans un premier temps, de permettre aux Juifs de se réfugier dans la capitale). Puis, le Yémen a accepté d’émettre des permis
de sorties et des passeports.
De l’avis de l’Ambassade et du Département d’Etat, en raison de leur vulnérabilité, il était urgent de convenir et considérer ces Juifs comme réfugiés et les
réinstaller ailleurs.
déclare un porte-parole du Bureau du Département d’Etat.
La Fédération juive d’Amérique du Nord a pu réunir la somme de 750 000 $ pour aider. Les groupes orthodoxes se sont également engagés. La société hébraïque
Immigran Aid a été chargé de leur réinstallation et a prévenu les Juifs de Raida qu’il y avait un plan américain en cours pour venir les sauver.
Pour éviter d’attirer l’attention, des familles ont été convoyées à Sanaa en taxi à l’aube. Plus tard ils ont été transportés dans un hôtel pour des
entretiens avec des responsables américains, afin d’établir un statut de réfugié, basé sur l’élément essentiel : Les craintes de persécutions. Pour beaucoup de femmes, c’était la première fois
qu’elles parlaient avec une personne extérieure à la maison.
Au Yémen, la préparation du départ imminent des Juifs s’est très vite propagée, de nombreuses familles ont signalé leurs difficultés pour vendre leurs
propriétés. Les acheteurs potentiels proposaient des prix bas ou bien refusaient de faire affaire, pensant qu’ils pourraient obtenir la propriété une fois
abandonnée.
"Tout ce qu’ils ont
est cette petite maison qui vaut 15 000 $" explique yochi Sabari, un Juif de Raida qui vit à New York et qui aide sa famille au Yémen. "Ils ne peuvent pas partir tant qu’elle ne sera pas vendue".
Environ trois semaines avant la date de départ, l’Ambassade américaine a contacté les familles, le 7 juillet, 17 membres se sont rendus à l’aéroport de Sanaa
et sont montés à bord d’un vol de Francfort-bound.
A l’arrivée à l’aéroport de New York, des Juifs yéménites, des responsables d’organisations juives étaient présents pour les accueillir, ils ont repéré
plusieurs femmes dissimulées dans des robes noires, seuls leurs yeux étaient visibles.
"Les femmes juives portaient des burqa", déclare Gidéon Aronoff, président de la Hébrew Immigrant Aid Society, ajoutant qu’il a
été d’abord choqué.
Plusieurs familles ont raté les deux vols qui leur été offert par les Etats-Unis, par conséquent, ils ont perdu la chance de s’installer ici. Des membres de
certaines familles disent qu’ils ont du mal à se défaire de leurs biens. Un nombre indéterminé de personnes ont atterri en Israël, comme la famille de M. Ben Yisrael, dont la maison a été la
cible d’une grenade, également la famille de M. Nahari, qui fut tué en décembre 2008. Aux Etats-Unis, les réfugiés juifs ont été réinstallés dans la banlieue de Monsey, le quartier des Juifs
ultra orthodoxes, quartier bordé de centres commerciaux qui vendent des habits noirs et des chapeaux à large bord portés par les hommes hassidiques.
La Hebrew Immigrant Aid Sociéty a établi un bureau à Monsey, où les gestionnaires se chargent du logement, des bons d’alimentation, de liquidité et autres
avantages correspondant au statut de réfugié, ceci dès l’arrivée des Juifs yéménites. Les travailleurs sociaux disent, que beaucoup d’adultes ne sont pas encore capables d’être autonomes, une
salle de cours a été installée afin de leur permettre d’apprendre l’anglais.
Le cas de M. Suleiman, 36 ans, père de trois enfants, à propos d’un réveil matin, qu’il a reçu avec son appartement meublé dit : "Je ne sais toujours pas comment l’utiliser, les enfants jouent avec".
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